Mars et les Martiens

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Tous les dimanches, dans les colonnes d’ArchéoSF, le fameux journaliste Jean Lecoq prend la plume dans la rubrique L’œil de Lecoq !

Les habitants de la planète Mars nous font-ils des signaux ? Question angoissante qui se pose à nous périodiquement et ne semble pas près d’être résolue.
Tout récemment, au cours d’un voyage d’études dans la Méditerranée, Marconi et plusieurs ingénieurs constatèrent que les appareils radio-électriques de réception enregistraient des trains d’ondes très réguliers et d’une longueur inusitée. Cette longueur atteignait jusqu’à 150 kilomètres. Or, tous ceux qui ont quelque expérience de la T.S.F savent que les longueurs d’ondes les plus considérables qui aient été atteintes sur la surface du globe sont très inférieures à ce chiffre. D’autre part, les ondes enregistrées par les appareils de Marconi présentaient une régularité si parfaite qu’on ne pouvait guère attribuer le phénomène à des perturbations électro-atmosphériques.
De là à conclure que ces trains d’ondes ont été lancés par les habitants de la planète Mars, il n’y a qu’un pas. Les partisans des communications interplanétaires n’ont pas hésité à le franchir ; et c’est avec une impatience fébrile qu’ils attendent la répétition des appels des sans-filites Martiens.
Mais ces signaux viennent-ils de Mars, et peut-on songer sérieusement à établir des communications interplanétaires ? Les avis des savants sont assez divisés. Le professeur Branly ne se prononce pas. Marconi, lui aussi, se réserve. Seuls quelques hardis physiciens ou astronomes d’Amérique n’hésitent pas à affirmer la chose possible.
Au surplus, le premier qui y songea n’était pas un Américain ; c’était un savant français mais un savant singulier qui se doublait d’un poète, d’un humoriste et d’un pince-sans-rire. Il s’appelait Charles Cros. Pour se reposer de ses travaux scientifiques, il écrivait des vers ou faisait des monologues pour Coquelin cadet. Ce n’en fut pas moins un très grand savant, un esprit ingénieux et puissant. L’idée d’une communication possible entre les planètes le hantait.
Dès l’année 1869, il avait publié dans le Cosmos un curieux mémoire sur ce sujet.
Mais comme en ce temps-là il n’était pas encore question de télégraphie sans fil, Charles Cros méditait de communiquer avec Mars au moyen de signaux optiques.
On proposait que, sur un immense espace de terrain, le Sahara par exemple, on dessinât, en traits lumineux extrêmement puissants, la figure du théorème du carré de l’hypoténuse. Les savants de Mars, pensait Charles Cros, auraient reconnu immédiatement cette figure et auraient répondu au moyen du même procédé, par la figure du théorème suivant. Et la correspondance se serait établie ainsi entre les deux planètes.
Cette idée, plus américaine, d’ailleurs, que française, ne fut jamais réalisée. De temps à autre, cependant, les projets de communications interplanétaires revenaient sur l’eau sans plus de succès. Mais du jour où la découverte géniale du professeur Branly permet à la science de déceler dans l’espace le passage des ondes électriques, ils reprirent une force nouvelle. Chaque fois que, sur quelque point du globe, les appareils de T.S.F enregistrèrent des ondes mystérieuses, l’émission en fut attribuée aux Martiens… Mars voulait causer… La science s’apprêtait aussitôt à lui répondre. Même, des savants américains s’empressaient d’aller au-devant de ses désirs.
La distance moyenne entre les routes suivies par Mars et par la Terre est de 77 millions de kilomètres. Cette distance, quand les trajectoires des deux planètes se trouvent le plus rapprochées, se réduit à 56 millions de kilomètres. C’était le cas au mois de mai de l’an dernier. Mars et la Terre se trouvaient à ce moment-là aussi voisines qu’elles peuvent l’être. Des savants américains s’empressèrent de profiter de l’occasion. Ils envoyèrent à travers l’espace des ondes hertziennes qui n’avaient pas moins de 80.000 mètres de longueur.
Ces ondes étaient-elles encore trop courtes pour arriver à destination ? Se perdirent-elles dans l’infini des espaces interplanétaires ?… Toujours est-il que Mars ne répondit pas