Les yeux fixes — Léo d’Hampol (1920)

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La spacieuse « library » du Reform Club était assoupie, ce soir-là, dans un silence qui révélait la morosité des membres présents. Cette tristesse n’avait d’autre cause que la mélancolie spleenitique du temps.
Le docteur Schley, une célébrité médicale, l’ami et le protégé de Mackenzie, venait d’entrer. Après avoir échangé quelques phrases banales avec lord Kanthbouglf, un des hommes à la mode, il s’installa commodément dans un vaste fauteuil de cuir vert qui faisait face à une baie vitrée, et alluma un havane.
De ce poste d’observation, le docteur pouvait tout à son aise se repaître du spectacle désolant de l’hiver londonien et frissonner de toute son âme de poète au brouillard opalin qui descendait en fourrure épaisse sur les monuments gris, déjà ouatés d’ombre et de mystère. Sa pensée vagabonde errait loin de ce cadre attristant, quand une voix chaude et bien timbrée résonna derrière lui :
— Quel chien de temps, Schley, pour un homme qui revient du pays du soleil.
— Ah ! c’est vous, Reynold ! Vous tombez bien : j’ai besoin d’un autre moi-même pour penser tout haut.
— Pourquoi ce pli soucieux sur votre front ?
— Je suis profondément triste, ami, et j’ai besoin de parler, à vous surtout qui êtes un sage au milieu de ces fous. Asseyez-vous près de moi.
Le nouveau venu fit un signe, un domestique roula un fauteuil, dans lequel il prit place.
— Je vous écoute, Schley. Votre physionomie me dit assez qu’il s’agit d’une confidence… et j’ai tout le temps.
— Vous avez connu Smithson ? interrogea sans autre préambule le clinicien.
— Smithson ? parbleu ! qui ne se souvient de l’échec retentissant de son anti-toxine… II me semble même avoir lu la nouvelle de sa mort en arrivant à Liverpool.
— C’est très exact. Vous rappelez-vous les termes dans lesquels sa fin a été annoncée ?
— Pas précisément. On disait, si ma mémoire me sert bien, que le vieux savant était mort subitement de la rupture d’un anévrisme… attendez… je me souviens même d’une particularité assez curieuse que le journal révélait. On aurait retrouvé dans un coffre de son laboratoire des restes humains qu’un médecin qui suivait le coroner dans son enquête, a déclaré être des débris anatomiques.
— C’est cela, à quelques détails près, c’est le récit de l’Evening Standard. Eh bien ! mon cher, Smithson n’a pas succombé à la rupture d’un anévrisme… il est mort de chagrin et de frayeur… Les débris trouvés dans le coffre ne sont pas des pièces anatomiques… mais les restes de son fils !
— Schley !
— Vous vous demandez, sans aucun doute, si je possède bien toute ma raison ? Moi aussi j’ai cru à la folie de Smithson, lorsque appelé à son chevet, au moment suprême, j’ai reçu sa confession. Mais j’ai vu, de mes yeux vu, l’épilogue de cette tragédie surhumaine qui défie les cauchemars les plus extravagants, et je me suis enfui, le front ruisselant de sueur, les pupilles dilatées par l’effroi… La bibliothèque est maintenant déserte : je vais tout vous dire.
— Je vous écoute, murmura Reynold profondément intéressé.
— Après l’échec de I’anti-toxine, Smithson que son titre de membre de l’Académie Royale des sciences faisait accueillir partout, se retira complètement du monde et alla s’ensevelir dans le quartier populeux d’Euston, où il vécut pendant vingt ans, absolument ignoré. Il fit transporter dans sa nouvelle demeure ses chers instruments, ses collections, ses cornues et ses livres. Ce matériel scientifique le fit prendre, dans Euston, pour quelque alchimiste s’occupant du grand œuvre. Cependant la pierre philosophale était son moindre souci, et, bien que ne dédaignant pas le fruit défendu de l’hermétique, il consacrait toutes ses heures à la substance de vie, à ce mystérieux protoplasma qui est bien l’énigme la plus extraordinaire que la nature ait jeté à notre humanité en mal de merveilleux.
Comme nous tous, il avait analysé les éléments de cette matière albuminoïde, il savait que le carbone, l’oxygène, l’hydrogène et l’azote la constituent expressément ; mais il voulait faire l’impossible synthèse, c’est-à-dire combiner ces éléments pour faire de la matière vivante, cette hantise des biologistes.
Les travaux de Pasteur sur la fermentation, sur la vie latente, sur la matière animée, l’avaient amené doucement, presque insensiblement, à cette oeuvre que l’état actuel de la science nous permet d’appeler insensée et il avait réussi…
— Réussi ! Allons, Schley, vous vous moquez de moi.
— Je vous pardonne, Reynold, parce que, comme moi, vous n’avez pas vu… Oui, un jour penché, sur une matière albuminoïde, à travers laquelle il avait fait passer un courant électrique à haute tension, il vit avec joie, mais aussi avec une épouvante dont il ne chercha pas à se défendre, la cellule artificielle qu’il venait de créer, donner naissance à une autre cellule c’est-à-dire se reproduire et se multiplier.
Jamais cri de triomphe plus rude, plus rauque ne sortit d’un gosier humain. Smithson égal à Dieu, venait de créer l’oeuf d’où allait sortir un nouveau monde. Bientôt le tissu animé se développant dans un milieu favorable, s’organisa embryonnairement. Le savant reprit presque aussitôt son sang-froid et se rappelant que c’est la volonté exteriosée d’une incommensurable force qui a créé les lois harmoniques de l’univers, que c’est par cette volonté que les astres parcourent un trajet elliptique déterminé, et que la forme humaine s’est sculptée dans un inaltérable moule, il tendit tous les ressorts de son être… et de sa matière grise s’échappa, en ondes énergiques, la force magnétique qui permit à l’ovule en formation de prendre une forme humaine.
Le mystère était accompli. La science victorieuse renversait le verbe, et sa place disait à la matière animée : « Tu es. »
Les voisins de Smithson ne furent pas peu étonnés lorsque la vieille bonne qu’il avait renvoyée sans explication, leur raconta qu’elle entendait, la nuit, des vagissements plaintifs qui semblaient sortir du laboratoire de son maître, pièce dans laquelle il lui avait toujours été interdit de s’introduire.
Des commères jouèrent l’indignation et ne se gênèrent pas pour dire que les vagissements d’enfants étaient tout simplement les plaintes des petits chiens que le docteur disséquait. Toutes les horreurs de la vivisection servirent de thème aux sempiternelles bavardes. Puis, des années se passèrent sans qu’on s’occupât plus de Smithson et de ses pratiques barbares.
L’enfant cependant grandissait comme une plante de serre chaude. Toutes les ressources de la science étaient au service de sa croissance difficile. Admirablement conformé, il ressemblait à un jeune dieu, tant les lignes de son visage étaient pures ; mais ses yeux étaient étranges et gardaient une insupportable fixité. Les images apportées au cerveau par la rétine semblaient ne laisser qu’une faible impression. Sa mémoire toute fonctionnelle avait besoin, pour se fixer, d’une impitoyable et méthodique coercition.
Le docteur ne comprit pas tout d’abord l’imperfection originelle de son œuvre ; il fallut qu’un incident douloureux la lui dévoilât.
L’enfant venait d’atteindre sa dixième année, lorsqu’à la suite d’une réprimande méritée, il se jeta sur son créateur et le mordit cruellement.
La spontanéité de l’acte porta un coup terrible à Smithson, qui comprit soudainement que l’enfant né de son cerveau était primitif, qu’il lui manquait l’éducation, la culture des ancêtres, raffinement atavique, enfin tout ce qui a précédé dans le cours régulier des âges l’homme civilisé.
Dans sa fièvre créatrice, il avait pensé à l’homme physique, sans songer à l’être moral, entité troublante qui domine la brutalité de la bête humaine.
L’enfant était un monstre, un monstre qu’il aimait d’un amour douloureux et fort, parce qu’il était une partie, la plus grande peut-être, du rayonnement de son vaste savoir.
Il contempla longtemps la plaie qui dégouttait d’un sang très rouge, comme pour mieux se pénétrer de l’irréparable intensité du mal.
Le monstre, grondant, avait regagné sa place, sans quitter Smithson de son regard trouble. Son noble visage n’avait pas eu une contraction, ses muscles puissants ne jouaient que pour les fonctions organiques, mais ne soulignaient jamais, en plissant le masque, l’effort de la pensée.
Le docteur quitta le laboratoire qu’il ferma soigneusement, puis, d’un pas automatique, il gagna sa chambre, tomba plutôt qu’il ne s’assit sur un fauteuil et ensevelit sa tête dans ses mains tremblantes et crispées.
Cet homme, qui avait traversé les orages de la vie avec une tranquille indifférence, pleura comme un enfant.
Quand il se ressaisit, en passant devant une glace, il constata que ses cheveux étaient devenus tout blancs.
Les années succédèrent aux années, apportant à Smithson des inquiétudes plus vives et des tourments nouveaux. Le monstre manifestait d’inquiétantes volontés ; ses yeux fixes cherchaient à percer l’épaisse couche de poussière qui recouvrait les vitres de son étroite prison. Il pressentit une autre vie, un autre air que celui qu’il respirait dans ce laboratoire, la liberté des rues, des chemins, des grands espaces. D’autres sentiments encore se pressaient tumultueusement sous son front large et majestueux… et c’est en vain que le docteur cherchait à les pénétrer. Il ne possédait qu’imparfaitement le mécanisme du langage, et préférait à la complication l’onomatopée primitive.
C’est par ce moyen imparfait, mais adéquat à son caractère d’ébauche, qu’il se faisait comprendre, en y ajoutant une mimique pénible qui gâtait l’harmonie de ses proportions.
Smithson, courbé sous le poids de son œuvre, se demandait non sans angoisse s’il n’allait pas tout révéler au monde savant. Mais il fallait prouver la création impie, et ses expériences, concluantes d’abord, ne donnaient plus que des résultats indécis. Quant à sa volonté, elle s’était donnée toute dans un effort unique, et demeurait maintenant vacillante, douloureuse, incapable de se manifester. Ses confrères le feraient enfermer à Bedlam… Le malheureux était pris entre cette vie impossible, soudée au monstre qu’il avait nommé Hyparxis, « l’Existence », et la perspective du cabanon.
Avec une résignation morbide, il choisit le pire, c’est-à-dire de vivre encore auprès d’Hyparxis, qu’il se détermina, par prudence, à emmener dans ses promenades nocturnes.
On aurait pu, le soir, le long de la Tamise, dont les flots sinistres roulaient lentement, les rencontrer, marchant d’un pas lourd, dans l’implacable silence de la ville qui s’endormait.
Smithson considérait ces courses rapides comme un dérivatif nécessaire à la fougue inquiétante de sa créature ; il espérait que l’épuisement physique en créant une tare modifierait l’organisme, et rendrait Hyparxis plus sociable. Ce moyen est employé avec succès par les belluaires, et le monstre devait être dompté.
Un soir, Hyparxis refusa en grognant de suivre son maître et s’étendit tout habillé sur son lit, dressé dans le laboratoire. Smithson sortit seul, après s’être assuré que la lourde porte de l’appartement était bien fermée.
Arrivé au pied de l’escalier, son estomac se contracta douloureusement, un réflexe lui serra la gorge ; mais ce ne fût qu’un éclair, et raillant sa névrose croissante, il gagna la rue, respirant à pleins poumons.
Un omnibus le transporta dans le Strand, et pour la première fois, depuis plus de quinze ans, il se laissa aller aux douceurs de la flânerie. La tête reposée par un abandon momentané de la pensée, il déambulait sur les trottoirs gras où se jouait la lueur dansante des becs de gaz. Il passa successivement devant Law Courts, dont la masse sombre se confondait avec le ciel et Charing Cross, rempli de bruits confus, et traversa Trafalgar square, dont les lions assoupis noyaient leurs silhouettes rudes dans la brume.
Après avoir remonté Regent Street, il aperçut les motifs lumineux des spectacles de Piccadilly, et s’arrêta, étonné, ébloui, comme si toute cette lumière, toute cette vie intense qu’il avait connue, était une révélation.
Avec l’accoutumance, l’impression s’atténua, et son regard familiarisé avec le décor nocturne, fouilla les groupes curieusement interrogateur.
Des hommes parlaient en faisant de grands gestes ; des policemen attentifs, gourmés, majestueux, hochaient la tête.
Smithson s’approcha :
Un individu d’allure insignifiante pérorait : un crime venait d’être commis dans la partie déserte de Chariss Cross Road. Crime inouï, invraisemblable : une jeune fille, presque une enfant, avait été frappée avec une rare violence par un fou et le badaud qui tenait les curieux sous le charme de son éloquence facile, insistait sur l’atrocité de l’agression et le caractère bizarre des blessures. C’était à ne pas douter un nouvel exploit de Jack l’éventreur, cette terreur du Royaume-Uni dont les crimes hallucinants mettaient sur les dents les meilleurs limiers de Scotland Yard.
Une indéfinissable angoisse baigna d’une sueur froide le front soucieux du savant. Ses muqueuses, sous la poussée d’une température, se desséchèrent, et secoué par un grand frisson qui lui faisait les jambes molles, il se dirigea, en trébuchant, vers l’endroit où le crime avait été découvert.
De Piccadilly Circus à Charing Cross Road la distance est courte, mais Smithson, hanté par une image qui résultait d’une sorte de prescience, soudait au récit du cokney le visage de l’assassin et les circonstances du drame, et cette course était le calvaire qu’il gravissait, les reins cassés par une peur atroce, et le chemin lui semblait long, interminable, impossible.
Sur le grand trottoir de Leicester Square il vit des visages sinistres qui le dévisageaient, il se crut le point de mire de cette foule loqueteuse et grouillante.
Enfin, il arriva à Charing Cross Road et s’informa. Malgré l’heure tardive, il trouva des oisifs complaisants pour le renseigner. Le corps de la jeune fille avait été recouvert et enlevé par les agents de la « police station ». Les blessures étaient affreuses au dire de témoins oculaires, et ne paraissaient point avoir été produites par un instrument tranchant ou contondant.
La face était violacée par la strangulation, et le cou avait été lacéré et mordu.
C’est au point, disait le narrateur, qu’on crut un moment se trouver en présence de la victime d’un fauve échappé d’une ménagerie.
Cette supposition assez naturelle acheva d’écraser Smithson qui, pour ne pas tomber dut s’appuyer contre un mur.
On pérorait maintenant autour de lui ; mais il n’entendait plus. Une terreur folle l’envahissait, la pénombre était pleine d’êtres imaginaires qui se dévoraient entre eux, des hallucinations auditives donnaient de la vie à ces visions démoniaques. Smithson répétait, hébété, un nom rude. Hyparxis ! Hyparxis ! La dernière syllabe sortait, péniblement de son gosier brûlant, parcheminé par la fièvre.
Un cab passait… il le héla et jeta péniblement son adresse au cabman qui, habitué à conduire les gentlemen qui ont bien dîné, ne parut pas autrement surpris de son état.
Hyparxis ! L’être, l’enfant de son cerveau, avait fait cela… lui seul était capable de cette violence ! Ses doigts élégants, fuselés comme ceux d’une duchesse, ne se crispaient que pour déchirer, et sa bouche au dessin impeccable, rouge comme une cerise mûrie ne s’ouvrait que pour mordre.
Jamais Smithson n’avait pu, malgré sa science, faire pénétrer un rayon de lumière dans les ténèbres qui s’agitaient en Hyparxis et qui lui tenaient lieu de conscience.
L’oeil du monstre, d’une incroyable fixité, suivait, sans les comprendre. les mouvements de son maître, de même que son oreille épiait les bruits, sans que le cerveau, alourdi, me les transformât en mots rayonnants.
Le lutte avait duré seize ans, entre l’âme du savant et la chair de la brute. Pendant seize ans, sans trêve, Smithson essaya de vaincre, en s’aidant de toutes les ressources de l’amour, tandis que Hyparxis s’appuyait pour résister sur toutes les ruses de l’animal. Et voila que ce combat titanesque finissait dans un fait divers ! Et quel fait divers ! Et Smithson, sans se rendre compte que le cab l’emportait vers Euston, galopait dans un cauchemar où sa raison allait sombrer.
Le cab s’arrêta. Le savant jeta une couronne au cabman qui attrapa la pièce de monnaie au vol en souhaitant le bonsoir à « Son Excellence ».
Smithson monta d’un trait l’escalier rapide, un coup d’oeil lui fit comprendre qu’Hyparxis avait brisé la serrure pour sortir… Il pénétra vivement dans le laboratoire et y trouva le monstre grondant, le visage calme mais provoquant, menaçant… en appétit de sang… Il avança, l’estomac effroyablement serré, les yeux dilatés par la douleur et l’épouvante… Hyparxis fit entendre un sifflement qui lui était particulier et alla résolument à la rencontre de son maître.
Smithson comprit que sa vie, à son tour, était en danger et que les ongles sanglants de « son fils » allaient aussi s’insérer dans sa chair… néanmoins, il ne recula pas, transfiguré par l’épouvante et le désespoir… il allait au danger… le heurt fut formidable… l’étreinte surhumaine. Étroitement enlacés les deux hommes roulèrent dans les cornues, dans les pélicans de verre qui emplissaient le laboratoire. Smithson ne disait pas un mot. Hyparxis hurlait. Dans la lutte, la lampe tomba, et l’obscurité ajouta encore à l’horreur de la scène.
Tout à coup, Smithson sentit que l’étreinte de fer d’Hyparxis se desserrait… Il respira un peu… mais un flot de sang lui monta à la gorge… Il poussa un grand cri et s’évanouit.
— C’est effrayant ! murmura Reynold qui, jusqu’ici n’avait pas interrompu son ami Schley, et comment fûtes-vous appelé auprès du docteur ?
— Un télégramme lancé par Smithson qui, ayant repris ses sens, s’aperçut qu’Hyparxis qui dans la lutte, s’était brisé la base du crâne, me toucha au Reform Club.
Quand j’arrivai chez Smithson, je le trouvai enfoui dans un grand fauteuil. Il était tellement changé que j’eus peine à le reconnaître.
— Schley, me dit-il, je vais mourir, et je suis content que vous m’ayez répondu. Et, comme j’esquissai un mouvement pour le rassurer, il ajouta :
Je mourrai, comme nous autres nous savons mourir, en brave… Ne perdez donc pas votre temps… écoutez plutôt une confession dont vous ferez, après ma mort, l’usage qu’il vous conviendra.
Très ému, je m’assis et écoutai, en passant par des états d’âme divers, le récit que je viens de vous faire. Après la mort d’Hynarxis. Smithson, pour dissimuler le cadavre, le disséqua et l’enferma dans un coffre. Cette dernière épreuve fut mortelle pour lui. Parce qu’elle le fit assister à l’anéantissement de son oeuvre, à l’agonie de la chair que son génie avait fait palpiter… Vous, Reynold, vous comprenez ce que je veux dire.
— Mais n’avez-vous pas pensé, Schley, que Smithson pouvait être fou ?
— Ça a été, au contraire, ma première pensée : mais le vieux savant qui suivait d’un oeil attentif les sentiments qui m’agitaient et qui se reflétaient sur mon visage me tendit une clé en me disant : « Allez voir dans le coffre si les mains d’Hyparxis ne sont point terminées par des ongles très longs, teints de sang. » Par curiosité scientifique, j’allai voir…
— Et…
— Smithson avait dit vrai.


Léo d’Hampol, « Les yeux fixes », Journal des mutilés & réformés, des anciens combattants et des veuves de guerre, n° 181, 24 juillet 1920 et n° 182, 31 juillet 1920

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Roxane Lecomte
Plus connue sur la toile sous le nom de La Dame au Chapal, co-fondatrice du studio ebook Chapal&Panoz, arrivée chez Publie.net fin 2011, est responsable de la fabrication papier et numérique, du graphisme et des sites, est passionnée de littérature populaire et d'albums jeunesse, est en perpétuelle vadrouille, et ne cesse de répéter aux guerriers du papier et du numérique : « Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse ». On la retrouve sur son site.

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