Un peu de variété n’est pas pour nuire dans une revue comme la nôtre, aussi sommes-nous heureux de pouvoir présenter aujourd’hui, à nos lecteurs, une amusante « anticipation » due à la plume de M. Tancrède de Visan, dont la personnalité est assez connue dans le monde littéraire pour qu’il nous soit inutile de le présenter à nos amis. Cette journée du 27 mai de l’an 2095 s’annonçait bonne pour Elieth. La tante Dupont venait de mourir. Ce nom de Dupont, à peine remarqué au siècle précédent, étaitContinuer la lecture « Tancrède de Visan, L’odyssée d’une robe de soie en l’an 2095 (1925) »

N’hésitons pas à publier in extenso la lettre suivante, qui nous parvient à l’instant, affranchie au moyen de timbres du plus rare septentrionalisme : « Monsieur et honoré docteur (sic), Seulement aujourd’hui, car j’habite une lointaine bourgade du Spitzberg, je prends connaissance d’une étude que vous fîtes paraître dans le Journal, et dans laquelle vous proposiez de créer un gulf-stream artificiel, en installant à la surface de la mer une longue file de ces cloches à melons, dont les effets calorifiques sont bien connus des cucurbitocoles. Curieuse coïncidence : au moment où votre remarquableContinuer la lecture « Dégelons le Pôle, Alphonse Allais (1904) »

L’astronautique est à la mode. Un jeune savant, M. Esnault-Pelleterie, consacra même à cette science nouvelle une conférence à la Sorbonne. Comme pas mal de précurseurs, M. Esnault-Pelleterie se contente d’être un doux rêveur, voire un poète, et n’exécute ses voyages interplanétaires qu’en imagination. Mais, voici qu’un ingénieur allemand prétend que la place d’un savant astronautonier n’est pas seulement « dans la Lune » mais aussi « sur la Lune ». En grand secret — il n’a guère accordé d’interviews qu’à 473 journaux quotidiens — cet ingénieur ingénieux, etContinuer la lecture « Terre-Lune aller et retour, Michel Herbert (1930) »

Les derniers décadents Conte fantaisiste Vers l’an 1950. Les derniers décadents — une douzaine environ sont réunis dans une petite pièce décorée avec un goût étrange. Extraordinaire jusqu’en sa forme, elle est ronde, entièrement ronde : tel l’intérieur d’une sphère creuse. Un somptueux velours noir, brodé de dessins fantastiques en soie blanche, tapisse entièrement la paroi. Tout en haut, éclairant à peine, brûle une lampe au magnésium qu’emprisonne un globe de verre fumé. Un divan circulaire règne en bas, où les décadents sont langoureusement étendus. SurContinuer la lecture « Les derniers décadents, Jean Lionnet (1894) »

– Virus de chien ou virus de lapin ? demanda l’illustre Triplane, la seringue à la main. Que choisissez-vous ? Chaponnet se recueillit pendant quelques secondes, cherchant à se remémorer de façon limpide et complète les avantages respectifs de l’une et l’autre méthode et à en déduire les résultats probables au mieux de ses intérêts personnels, c’est-à-dire de la satisfaction de ses goûts. « Solidité, énergie, résistance », voilà, lui avait dit le docteur, les qualités inhérentes aux toutous. « Pétulance, insatiabilité », lui promettait d’autre part la moelle du rongeur.Continuer la lecture « Oh ! Jouvence ! — Pontarcy (1898) »

M. Lambre se faisait les ongles, quand on frappa. — Entrez ! dit le directeur de la société connue sous le nom : « Les grandes recherches interplanétaires ». Un jeune homme parut. Un moins de trente ans, mais sans morgue, qui portait un visage timide, des yeux effarés et dont la barbe en forme de forêt – la forêt noire – dissimulait mal son trouble. — Vous avez à me parler ? demanda M. Lambre à son chef de service. — Non, répondit l’arrivant, qui se reprit, s’écriant : —Continuer la lecture «  Le voyage dans la lune, Gaston Picard (1930) »

La fusée lumineuse, parcourant trois cent mille kilomètres à la seconde, continuait de traverser les espaces interstellaires. — La terre ! annonça la femme qui observait de la cabine de la fusée, nous allons revoir la terre. — Après sept ans et quatre mois d’absence, dit l’homme. — Si les conséquences tirées de la théorie d’Einstein se réalisent, reprit la femme, nous devons trouver un changement considérable sur notre planète puisque, selon lui, le temps écoulé n’est pas le même pour les individus qui se déplacentContinuer la lecture « Retour des autres mondes - René le Cœur (1936) »

Une vision fabuleuse Des habitants de la Patagonie affirment avoir rencontré, dans les marécages déserts de ce pays, un plésiosaure qui serait le dernier représentant d’une faune préhistorique, aujourd’hui disparue. Une expédition vient de partir de Buenos-Ayres pour rechercher cet animal gigantesque. On pensait disparue à jamais toute la faune antédiluvienne. Aussi était-on tenté de rire des dépêches qui nous sont parvenues d’Argentine annonçant que des explorateurs avaient découvert, dans les marais déserts de la Patagonie, un animal fabuleux, ressemblant fort au plésiosaure préhistorique. Or,Continuer la lecture « 1922 : En Patagonie, ils partent à la recherche d’un plésiosaure »

En pénétrant, Alain et moi, sur le quai de la gare de Chamonix, nous fûmes émerveillés : le soleil, jouant comme avec un réseau sur le fin solénoïde noyé dans les tubes en plastec transparent où se mouvaient les cars magnétiques, y faisait naître des myriades de petits arcs-en-ciel du plus ravissant effet. De minute en minute, les cars avalaient ou dégorgeaient des cargaisons de touristes. Nous prîmes place dans un des cars de luxe réservés aux alpinistes d’élite et attendîmes le départ. * *     * EnContinuer la lecture « Une course en 1998 — Marcel Renaudie (1946) »

Les plus ignares habitants de la planète surent enfin, vers l’an 2150 après Barrabas, comment il fallait s’y prendre pour parvenir. Ce n’était pas bien compliqué. Pour parvenir, il suffisait de faire parler de soi. À ceux dont on parle vont honneurs, gloire et fortune. On s’aperçut aisément, au vingt-deuxième siècle — et même auparavant — qu’il n’était pas très difficile de faire parler de soi : il n’y avait qu’à être vainqueur dans l’un des mille concours, matches, records et acrobaties diverses dont les journauxContinuer la lecture « In the world… — Jean Rameau (1930) »