Les plus ignares habitants de la planète surent enfin, vers l’an 2150 après Barrabas, comment il fallait s’y prendre pour parvenir. Ce n’était pas bien compliqué. Pour parvenir, il suffisait de faire parler de soi. À ceux dont on parle vont honneurs, gloire et fortune. On s’aperçut aisément, au vingt-deuxième siècle — et même auparavant — qu’il n’était pas très difficile de faire parler de soi : il n’y avait qu’à être vainqueur dans l’un des mille concours, matches, records et acrobaties diverses dont les journauxContinuer la lecture « In the world… — Jean Rameau (1930) »

Je m’étais couché très tard et je dormais, depuis je ne sais combien d’heures, d’un sommeil particulièrement agité, quand, soudain, l’huis de ma chambre résonna sous de multiples coups, frappés avec une violence extraordinaire. En même temps, une voix inconnue vociférait du dehors : — Holà ! le vieux, ouvre-moi ou j’enfonce ta porte !… Comme il n’y avait pas de vieux dans ma maison, — du moins à ma connaissance, — je pensai que mon irritable visiteur devait sûrement se tromper. Aussi, pour aller l’en convaincre, tentai-jeContinuer la lecture « Mon bicentenaire — Henri Jousset (1914) »

[Ceci se passe en l’an deux mille cinq cents]. Sur la terre où s’apaise la rumeur des hommes et des choses, où les voix deviennent graves, les gestes lents, les âmes songeuses, le crépuscule tend ses toiles de soufre et de sang, et le soir s’avance, solennel et recueilli, en l’apothéose glorieuse où s’achève le jour. De petits nuages cotonneux rutilent comme des sphères d’or. Des ballons fusiformes strient le ciel de longs jets de pourpre. C’est l’heure où les Parisiens s’évadent vers les campagnes,Continuer la lecture « L’essence de baiser — Gaston Derys (1898) »

On parlait des rêves. — Les uns disaient que ce sont des mensonges, des excitations du cerveau, surmené le jour ; d’autres penchaient pour des ressouvenirs d’existences passées. Antonin affirma que les derniers avaient raison ; que lui, non seulement. revivait en rêve ses avatars antérieurs, mais qu’il lui était parfois donné de prendre un avant-goût des existences qu’il avait à fournir encore. Les boutades amusantes d’Antonin faisant prime dans nos petits cénacles d’amis, nous nous empressâmes de pousser des hurlements d’incrédulité, à seule fin de mettreContinuer la lecture « Le rêve d’Antonin — Octave Pradels, 1907 »

Pour accompagner la parution des Autres vies de Napoléon Bonaparte, Uchronies & Histoires secrètes, voici un court poème narrant la fuite de l’Empereur de l’île de Sainte-Hélène…   Fuite de Sainte-Hélène Prométhée avait son vautour ; Napoléon peut-être eut pire ; Car Hudson-Lowe, son vampire, Rongeait, déchirait tour à tour Et son foie et son coeur. Un jour, Pensif, solitaire en son île, L’Empereur, en levant les yeux, Croit voir un point sombre et mobile Surgir au plus profond des cieux. Il saisit sa longue lunette, EtContinuer la lecture « Fuite de Sainte-Hélène, par Saintine (1864) »

Franck Delage (1873-1950), agrégé de l’Université, a publié de nombreux ouvrages sur le Limousin. En 1945, il devient président de la Société archéologique et historique du Limousin. Dans la revue Notre Province, il propose en 1943 un conte pour la jeunesse Les Chasseurs de mammouths qui a pour cadre le Limousin préhistorique. Conte pour les jeunes Les Chasseurs de Mammouths À mes petits-enfants Voulez-vous faire avec moi un voyage qui ne ressemblera à aucun de ceux que vous avez faits ? Je ne veux point vousContinuer la lecture « Les chasseurs de Mammouths | Franck Delage »

Pour accompagner la sortie de Jadis chez aujourd’hui, dont les deux versions écrites par Albert Robida sont réunies pour la première fois en un seul volume, voici une petite Boîte aux lettres… Dans le Petit français illustré, périodique pour la jeunesse édité par Armand Colin, Albert Robida, Christophe (le dessinateur du Savant Cosinus, du Sapeur Camember et de la Famille Fenouillard notamment) et Henriot (littérateur, dessinateur et caricaturiste, créateur de l’immortel calembour « Comment vas-tu yau de poêle ? » et auteur de Paris en l’an 3000) entretiennentContinuer la lecture « Boîte aux lettres — Christophe (1899) »

Les hommes, qui ont fait pour rien tant de révolutions, sont encore divisés en deux partis contraires : ceux qui chassent, ont des chiens, font du tapage, se lèvent tôt, rentrent crottés et racontent beaucoup d’histoires ; ceux qui ne chassant pas, s’ennuient à les entendre et se fâchent, ce qui prouve qu’ils ont tort. Cette guerre civile, qui désole tant de ménages, n’est pas aussi vieille que le monde. Il fut des temps — temps heureux, d’avant le déluge —, où tout le monde était d’accordContinuer la lecture « La dernière bécasse du bois de Darel — G. de Chasseloup (1880) »

L’An 2075 Velut Aegri Somnia (Citation d’Horace : « Comme les rêves d’un malade »). I En deux mille soixante et quinze, deux cent cinquante ans juste après l’heure où cette révélation m’avait été faite, le continent d’Europe n’existait plus. Alors un sage vint de l’extrémité des contrées orientales, sillonner sous de blanches voiles le jeune Océan qui grondait encore avec orgueil sur le sol des vastes empires qu’il tenait abîmés. Le vaisseau qui portait Abein-El-Razy, s’arrêta non loin des lieux où fut une des plus fameuses métropoles duContinuer la lecture « L’An 2075 — Alphonse Rabbe (1836) »

La spacieuse « library » du Reform Club était assoupie, ce soir-là, dans un silence qui révélait la morosité des membres présents. Cette tristesse n’avait d’autre cause que la mélancolie spleenitique du temps. Le docteur Schley, une célébrité médicale, l’ami et le protégé de Mackenzie, venait d’entrer. Après avoir échangé quelques phrases banales avec lord Kanthbouglf, un des hommes à la mode, il s’installa commodément dans un vaste fauteuil de cuir vert qui faisait face à une baie vitrée, et alluma un havane. De ce poste d’observation,Continuer la lecture « Les yeux fixes — Léo d’Hampol (1920) »