Nira — Australe mystérieuse ou Les Deux Reines du pôle / 1

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Première partie
La recherche du peuple inconnu

I

Ce qu’il advint d’un mariage manqué

C’est dans le petit jardin d’une petite villa de Chaville qu’un enfant de six ans eut un geste de pure tendresse filiale dont les conséquences allaient être extraordinaires. Au milieu du jardin, il y avait une façon de tonnelle avec des capucines et de la vigne vierge. Sous la tonnelle, il y avait deux fauteuils de rotin, occupés par une dame et un monsieur qui, l’air préoccupé, se regardaient à la dérobée, comme si un match de silence était organisé entre eux. La dame était la jeune veuve de Fernand Gassipeau, le chimiste tué dans son laboratoire par un explosif de son invention. Le monsieur était Henri Travel, l’aviateur détenant, pour l’instant, le double record de vitesse et de durée avec sept cent soixante-douze kilomètres à l’heure pendant cent heures.
Travel, à bord de sa carlingue, était un prodige d’énergie et de décision. Mais, une fois redescendu sur terre et engoncé dans ses vêtements civils, il redevenait embarrassé, timide, sans plus d’assurance mondaine qu’un lapin des bois subitement transporté dans un institut de beauté. Or, il s’était rendu à Chaville, le malheureux, pour demander Mme Gassipeau en mariage ! Rien que cela ! En vérité, il ne s’agissait que de dire : « Vous savez bien que je vous aime ! Voulez-vous être ma femme ? »
Or, en cinquante minutes de tête-à-tête bien chronométrées, il n’avait pu se décider encore à prononcer cette simple phrase. Il balbutiait des banalités, d’autant plus troublé qu’il devinait, chez la jolie veuve, un trouble égal au sien. Mme Gassipeau savait parfaitement ce qu’on lui demandait sans oser le lui dire. Elle hésitait à répondre oui. Elle aurait souhaité qu’on la forçât à ne pas répondre non.
Elle se débattait ainsi, le cœur battant à grands coups, toute rose d’émotion et n’osant lever la tête, craignant les yeux suppliants de Travel, dont le regard brûlait. Et, soudain, elle se sentit subjuguée ; tenant toujours ses yeux baissés, elle avança la main pour la poser dans la main frémissante qui se tendait vers elle.
À ce moment précis, le fils de Mmc Gassipeau, le petit Robert, pénétra sous la tonnelle en chérubin déchaîné et bondit joyeusement :
— Mamaman ! j’ai trouvé un papillon ! Viens voir !… Viens vite !
L’impérieux bambin prenait la main que Travel n’avait pas eu le temps de saisir. La « mamaman », obéissant à ce qu’elle interprétait comme une indication du destin, suivit l’enfant au fond du jardin et l’aviateur comprit que sa cause était perdue.
Travel eut d’abord l’impression qu’il venait de faire, sans parachute, une chute de quatre mille mètres sur un tas de cailloux. Puis il s’aperçut qu’il n’était point mort : mais, sans doute, il ne serait plus bon à rien !
Bon à rien, lui, Travel ! Ah ! cette crainte le remit debout instantanément. Il fallait agir, et tout de suite ! Agir ou disparaître ! Faire n’importe quoi, pourvu que ce fût très dangereux et absolument fou ! Travel ne mit pas dix minutes à trouver la solution de ce problème. Il allait, parbleu ! : enter le voyage de Paris-pôle Sud-Paris avec cette particularité qu’il ne suivrait point, au retour, le même itinéraire qu’à l’aller. En d’autres termes, il se proposait de traverser, à vol d’avion, toute la zone antarctique après avoir :enté une escale au pôle.
Si Travel avait été un simple ambitieux, il eût éprouvé une lourde déception, car l’annonce de son raid audacieux ne provoqua dans le public ni émoi, ni surprise. Tiens ! encore un qui veut aller là-bas ? Bah ! depuis Charcot, Scott, Shackleton et Byrd, qu’y peut-on trouver d’inédit ? Un raid d’avion ? L’ombre de l’aile passe sur le pôle, point géographique dont l’intérêt est nul en l’occurrence. Frrtt ! et c’est tout ! Travel va-t-il installer au pôle Sud un poste de T. S. F., un dancing ou une Exposition de peinture ? Non ? Eh bien, alors ?…
Alors, Travel se moquait bien de ce qu’on pouvait penser ! Il voulait partir parce qu’il était désespéré, et, s’il se fût rendu compte de l’indifférence publique, c’eût été pour s’en féliciter. Mais il y avait cependant à Paris quelqu’un que son projet intéressait. Ce n’était pas un mécène, un multi-millionnaire amateur de sciences, mais an simple professeur qui avait occupé, au Collège de France, la chaire de physique mathématique. Ce monsieur, que la gloire n’avait pas encore visité, s’appelait Chamayou. Il se rendit chez Travel et demanda un entretien à l’aviateur pour une communication confidentielle.
Ce mot mit l’aviateur en méfiance. Il n’attendait les confidences de personne et n’était guère disposé à en faire à autrui. Surtout à un vieux « savantasse » à barbe doctorale, comme devait être celui-là.
Travel, néanmoins, reçut l’indiscret. Il vit alors qu’il ne faut jamais juger les gens sur leurs titres officiels. Le professeur Chamayou n’avait point de barbe doctorale, étant rasé à l’américaine. La taille haute, les épaules larges, le regard vif, le sourire spirituel, la parole nette : ainsi se présentait François Chamayou, savant mais « costaud ». Travel ne put s’empêcher de se dire avec un soupir :
« En voilà un qui saura toujours saisir à temps la main de la femme qu’il veut épouser ! »
Ayant soupiré, il indiqua un siège au visiteur.
— Monsieur, dit Chamayou, vous allez partir pour le pôle Sud ?
— Oui, monsieur.
— Puis-je vous demander combien vous emmenez de passagers ?
— Monsieur, aucun !
— Comment… ? aucun ! Vous ne voyagerez cependant pas seul ?
— Je vous demande pardon. Je compte être seul… bien seul !
— Mais c’est fou !… Une pareille tentative équivaut à un suicide !
Travel sourit :
— Nous verrons bien ! fit-il simplement.
Il ajouta :
— Puis-je vous demander à mon tour pourquoi vous me posez ces questions ?
— C’est que j’aurais bien voulu partir avec vous !… À deux, on est moins exposé !… Car vous avez bien l’intention de vous arrêter au pôle ?
— Si je le puis, sans doute !
— Vous ne le pourrez pas seul ! dit gravement Chamayou.
Travel secoua la tête :
— Je ne reviendrai pas sur ma décision ! déclara-t-il.
Chamayou parut navré. Il reprit après un silence :
— Je le regrette beaucoup. Mais… voyons ! II y aurait peut-être un moyen d’arranger les choses… Savez-vous pourquoi j’aurais voulu vous accompagner ? Pour expérimenter au pôle un appareil de mon invention ! Si vous ne m’emmenez pas, emmenez du moins cet appareil !
— Qu’est-ce que c’est ?
— Un dispositif automatique qui vous permettra toutes les prises de vues possibles en plein vol, quel que soit le temps, quelle que soit la hauteur atteinte par votre avion, pourvu que vous ne dépassiez pas huit mille mètres !
Une lueur d’incrédulité passa dans les yeux de Travel.
— En somme, dit-il, vous vouliez aller au pôle Sud pour en rapporter un film ?
— Précisément !
— Et vous croyez que des vues prises dans les conditions dont vous parlez, même avec un appareil automatique, donneront quelque chose de lisible ?
— Je ne le crois pas : j’en suis sûr !… Vous doutez ? Vous avez tort !… Vous pensez bien que je n’aurais pas eu l’idée d’aller si loin, si je n’étais certain de ce que j’avance ?
— On croit toujours ce que l’on désire ! ne put s’empêcher de riposter Travel.
Chamayou ne se fâcha point.
— Voyons, dit-il, causons gentiment, cher monsieur. Vous voulez survoler tout seul la zone antarctique ? D’accord. Mais vous avouerez que, dans ces conditions, votre reportage au pôle ne sera pas très intéressant au point de vue scientifique. Qu’aurez-vous vu ? Pas grand’chose. Qu’aurez-vous exploré ? Mettons les choses au mieux : quelques centaines de mètres carrés. Et puis ? Et puis rien ! Vous serez allé au pôle à peu près : comme ces touristes qui vont en Egypte pour rester enfermés dans une chambre d’hôtel !… Vous aurez fait un raid admirable : je le reconnais. Mais, pour un homme intelligent, cela suffit-il ?
— Soit ! Seulement, ce que vous me proposez vaut encore moins !
— Ne vous hâtez pas de conclure ! Je vous propose d’installer mon appareil sur votre avion : pas d’encombrement à craindre. En abordant la région polaire, vous appuyez sur un bouton : l’appareil fonctionne. Vous survolez le pôle aussi longtemps que vous le pouvez, à la hauteur qui vous convient, Hors de la zone intéressante, nouvelle pression sur le même bouton : c’est fini. Vous n’aurez à vous occuper de rien. À Paris, vous m’apportez les clichés. Comme vous dites, ils paraîtront illisibles. Mais attendez que je les développe, moi ! d’après le procédé que je suis seul à connaître ! Et vous verrez les terres que vous aurez survolées comme si vous vous y étiez promené la canne à la main, ou plutôt les mains dans vos poches !… Vous hésitez encore ? Que risquez-vous ?
— Beaucoup plus que vous ne pensez ! Puis-je accepter votre offre sans avoir vu l’appareil ? Vous devez bien vous douter que, dans mon avion, rien n’est placé au hasard !
L’objection était juste. Mais le fait même que Travel la formulait montrait que son interlocuteur venait de l’ébranler. Chamayou s’écria :
— Vous avez raison ! Parbleu !… Il faut d’abord voir si ça va ! Et c’est bien simple !
— Comment ?
— Eh ! nous n’avons qu’à faire un galop d’essai ! Emmenez-moi où vous vous voudrez ! Je placerai mon appareil, nous décollons et en route ! Une heure après, nous sommes de retour. Vous verrez bien ensuite si ça vaut la peine de m’écouter !
— Alors, en route et tout de suite ! s’écria Travel.
Chamayou répéta en écho fidèle :
— Tout de suite ! En route !
— Mais, avant de sortir, il fit signe qu’il avait encore quelque chose à dire.
— Voilà ! fit-il, un rien ! J’exige le secret sur la petite expérience ! J’ai de bonnes raisons pour vouloir que personne ne se doute avant votre retour que vous pouvez rapporter des documents sur le pôle Sud !…
— Évidemment ! concéda Travel. Inutile d’éveiller la curiosité, car il se peut fort bien que je ne rapporte rien du tout !
— Je ne crains point cela ! riposta Chamayou. Au contraire ! Quand nous aurons notre film, je veux bien qu’il soit exposé dans tous les cinémas du monde, mais je ne veux pas qu’on sache comment il a été obtenu. Vous comprenez ?
— Assez bien, oui ! je comprends d’autant mieux qu’en temps de guerre on me confierait le commandement d’une escadrille de reconnaissance et que votre appareil me servirait peut-être !…
— Il vous servirait à coup sûr !… Par conséquent, motus !
Motus !… Allons-nous-en ! Il est déjà tard !
— Cela ne fait rien ! Mon appareil voit même la nuit !
L’expérience se fit donc le soir venu. Elle consista en une brève promenade, du Bourget à Bordeaux et de Bordeaux au Bourget. La nuit tombait au départ de Bordeaux. Travel ne se défendait point de penser que le professeur devait être un peu fou. Que pouvait-il espérer d’un vol nocturne accompli à cinq mille mètres ?
Le surlendemain, Travel, dans le studio de Chamayou, voyait se dérouler un film extraordinaire. Bordeaux au crépuscule, puis, le long ruban des campagnes charentaises, poitevines, tourangelles et beauceronnes, avec les villages les villes, les routes sillonnées d’autos aux phares étincelants, les voies ferrées où couraient les trains, et Paris, enfin, plein de vie et de tumulte. Ce n’était pas la vue à « vol d’oiseau » aux perspectives fuyantes, aux confuses géométries, mais un vrai film à personnages qu’on eût dit pris du sol même. Les moindres détails se détachaient merveilleusement, tout paraissait « grandeur nature » ; on voyait, dans la foule parisienne, les passants s’agiter, sans qu’une expression de physionomie fût perdue.
Chamayou demanda :
— Pouvez-vous faire une différence entre ce qui a été pris avant le coucher du soleil et depuis ?
Travel, éberlué, répondit :
— Non, je ne puis pas !
— Vous trouvez que ça va ?
— Si ça va ? C’est formidable !
— Vous emportez mon appareil au pôle ?
— Si je l’emporte !
— Eh bien ! le voici ; il est à votre entière disposition, à condition que nul autre que vous n’y touche !
— Soyez tranquille !
Travel, en effet, partit dans les conditions qu’il avait énoncées. Les journaux publièrent des télégrammes annonçant sa première escale à Dakar ; une seconde à Buenos-Ayres ; enfin une troisième au cap Horn. Puis les postes de sans-fil captèrent un message lancé par Travel au moment où il survolait l’énorme plateau polaire. Ce radio était ainsi conçu :
« Pôle Sud : tempêtes, vents et neiges ; tout va bien. »
C’était là du pur Travel, proclamant que « tout allait bien », alors qu’il courait les plus grands dangers. Quelques jours après, l’aviateur était signalé à Melbourne. Il avait donc réussi, contre toutes prévisions, la traversée qui prenait maintenant les proportions d’un exploit surhumain. On commençait à se passionner pour Travel au moment où celui-ci, prêt à regagner Paris par la route désormais classique jalonnée par Batavia, Bombay, Bagdad, Constantinople et Vienne, jugeait que son entreprise n’offrait plus aucun intérêt.
En tout cas, le raid s’acheva sans incident. Travel atterrit au Bourget, où une foule enthousiaste l’attendait ainsi que les personnages officiels prodigues de compliments sur la superbe randonnée.
Malgré le contentement qu’il éprouvait, Travel sut se défendre des journalistes qui tentèrent de le prendre d’assaut pour lui dérober des interviews retentissantes. À toutes les questions posées, il répondit seulement :
— Je n’ai vu au pôle que des glaces et de la neige. Mais le vent un peu vif ne m’a pas enrhumé. Voilà : c’est tout !
Il fallut bien se contenter de cette déclaration trop brève. Enfin, Travel, lâché par les reporters, se trouva libre dans le hangar où son avion était remisé. Il voulait être seul, afin de procéder à une inspection de l’appareil qui avait si bien rempli sa tâche, et chacun respectait ce désir si naturel. Le ministre venu pour féliciter Travel, donnant l’exemple de la discrétion, n’insista point et se retira, en quoi il fut imité par les curieux. Mais Travel n’était pas seul dans le hangar : Chamayou s’y trouvait avec lui.
— Vous êtes content ? dit le professeur.
— Je ne sais pas encore ! répliqua Travel.
— Comment ! On vous reçoit en fanfare, et…
— Vous croyez vraiment que j’ai fait quelque chose d’assez bien ?
— Vous avez fait une chose magnifique !
Travel soupira. Qu’est-ce qui pouvait donc le faire soupirer ainsi au moment du triomphe ?
— Nous verrons ! fit-il d’un air à la fois préoccupé et distrait. Nous verrons ça demain !…
— Ah ! c’est demain seulement que vous saurez si vous êtes content ?
— Oui, demain ou après-demain. Mais parlons de vous, M. Chamayou ! J’ai suivi vos prescriptions… C’est-à-dire que e ne me suis occupé que d’ouvrir et de fermer votre appareil automatique. Prenez ce qui vous appartient !
Il remit au professeur le mystérieux trésor des prises de vues.
— Merci ! dit Chamayou. Venez dans deux jours : on tournera la manivelle, et vous reverrez sur l’écran les jolis endroits par où vous êtes passés !
— Ne comptez pas trop sur moi !
— Comment, s’écria le professeur surpris, vous ne viendrez pas voir ce que vous avez rapporté ?
— A quoi bon ?
— A quoi bon ? Il demande à quoi bon ! Vous êtes un type singulier, mon cher monsieur Travel ! Par moments, on croirait que ce que vous avez fait ne vous intéresse pas !
— On ne serait pas éloigné de la vérité !… Mais, je vous assure, ne m’attendez pas pour tourner votre film, je ne suis pas certain d’être libre ce jour-là !…
Chamayou n’insista pas. Après tout, on peut avoir des affaires à régler et des visites à rendre, même quand on revient du pôle Sud. Il dit seulement à l’aviateur :
— Venez dès que vous le pourrez, en tout cas !… Ce film est à vous : il serait trop juste que vous en eussiez l’étrenne !
— Non ! non ! non ! Ne vous gênez pas pour moi ! Je n’ai rien à voir dans votre invention !… Bonne chance ! Je souhaite que ce document vous amuse !… Mais vous n’aurez rien du tout, j’en ai grand peur !…
— Mais si ! protesta Chamayou, pas très rassuré au fond.
— Mais non ! mettons tout au mieux… Qu’obtiendrez-vous ? Des effets de neige, de glaciers et de banquises !… On nous a déjà montré tout cela !… Bonne nuit ! je vais tâcher de dormir !
Le lendemain, à son réveil, il eut le sourire en lisant les journaux. On lui consacrait les articles les plus élogieux. On vantait son courage, sa réserve et la vivacité de ses reparties, à lui qui n’avait pas prononcé dix paroles. On annonçait qu’il revenait avec une magnifique gerbe de découvertes sur le pôle Sud et qu’il ne révélerait rien qu’à la prochaine conférence qu’il se proposait de faire à la Société de Géographie. La presse allait un peu fort ! Il se serait plutôt laissé couper en morceaux que de prendre la parole en public. Mais tout ce bruit autour de son nom, décidément, ne semblait pas lui déplaire.
Il déjeuna rapidement, s’habilla avec une coquetterie inusitée et se fit conduire à la gare Montparnasse, où il prit un billet pour Chaville. Là, il se rendit à pied chez Mme Gassipeau. Il sonna d’une main timide à la grille de la petite villa. Il se disait : « Maintenant, je suis un homme célèbre : je vais devenir irrésistible ! » En vérité, l’espoir gonflait son cœur.
Il ne comprit pas du premier coup ce qu’on lui répondait de l’autre côté de la grille entrebâillée. Il fallut que la femme de ménage répétât :
— Madame n’est pas là !… Elle est partie en voyage.
Il dit :
— Ah ! vous croyez ?
La domestique remarqua qu’il avait l’air « d’être ailleurs » : dans la lune !
Il reprit :
— Vous dites donc que Mme Gassipeau sera absente toute la journée ?
— Oh ! monsieur, pour beaucoup plus longtemps, puisque c’est pour un mariage.
Travel comprit-il : « C’est pour son mariage » ? Il murmura d’une voix brisée un : « merci ! », qui lui resta à moitié dans la gorge, salua, tourna les talons et reprit le chemin de la gare en répétant tout haut :
— Trop tard !… Un jour trop tard !… Fallait pas s’arrêter à Melbourne !
Et il continuait ainsi son soliloque :
— Quand même, elle lirait les journaux maintenant, ce n’est plus la peine !
Pauvre Travel ! Les voyageurs qui le virent arriver sur le quai de la gare de Chaville ne le reconnurent heureusement pas : il avait les yeux troubles et la démarche flageolante de l’homme qui a bu.

Roxane Lecomte
Plus connue sur la toile sous le nom de La Dame au Chapal, co-fondatrice du studio ebook Chapal&Panoz, arrivée chez Publie.net fin 2011, est responsable de la fabrication papier et numérique, du graphisme et des sites, est passionnée de littérature populaire et d'albums jeunesse, est en perpétuelle vadrouille, et ne cesse de répéter aux guerriers du papier et du numérique : « Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse ». On la retrouve sur son site.

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