La statue de Gambetta en l’an 2000 — M. Millaud (1888)

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L’archéologie du futur est un thème récurrent de la science-fiction ancienne ou moderne. Dans ce petit texte paru dans la presse, des questions restent sans réponse à propos d’un statue retrouvée par hasard…

LA STATUE DE GAMBETTA EN L’AN 2000

M. Millaud suppose qu’en l’an 2000, en réparant le garde-meuble où il y a divers grands hommes démodés, on découvre une statue qui porte un nom assez visible encore : « Gambetta. »

Il est plus que probable que cette statue a occupé une des places de Paris et que, par suite de révolutions ou d’expropriations, ou pour toute autre cause, elle a été retirée du lieu où on l’avait placée et reléguée dans le hangar en question. Cette aventure est déjà arrivée à trop de statues d’hommes, jadis célèbres, aujourd’hui oubliés, pour que nous en ressentions quelque émotion.

Il faut espérer que nos savants ne négligeront pas cette occasion de rechercher que fut ce Gambetta et de nous renseigner à cet égard. Les indices sont un peu vagues. La statue représente un homme d’une quarantaine d’années, ayant toute la barbe et dans une attitude hautaine. Une de ses mains, élevée, montre un point de l’horizon. Le costume, dont le sculpteur a revêtu le personnage, se rapproche, à ce qu’il semble, du siècle dernier. On y retrouve ce qu’on nommait une redingote et un pardessus, accompagnés de col droit, plastron et manchettes en papier.
Autour et aux pieds de la figure principale sont groupés et étendus plusieurs personnages secondaires, portant des costumes militaires. Cet étrange amalgame de soldats, dominés par un bourgeois, n’est pas fait pour éclaircir beaucoup l’identité de Gambetta.
Au premier abord, il se présente à la pensée comme un chirurgien civil, donnant ses soins à des blessés, sur un champ de bataille. Généralement, les chirurgiens portaient et portent encore un uniforme militaire mais Gambetta était peut-être un indépendant qui se refusait à suivre les armées autrement que vêtu des habits du péquin vulgaire.
Plusieurs personnes, consultées, pensent que Gambetta était un comédien du Théâtre-Français. Elles s’appuient sur ce fait que son nom est mentionné dans les Mémoires de Coquelin, le Roscius du XIXe siècle. Voici la phrase (volume IV, chap. 3, page 132, ligne 4) « Gambetta, mon meilleur élève. etc. » Mais, dans ce cas, que signifient les trois soldats ?
Il faut supposer que ce sculpteur a voulu représenter la principale scène de quelque tragédie, aujourd’hui oubliée.


M. Millaud, « La statue de Gambetta en l’An 2000 », in La Croix, n° 1572, 18 juillet 1888.

Ce qu’il fut :

ParisMonumentGambetta

Et ce qu’il en reste aujourd’hui (source Wikipedia) :

Gambetta_Paris_20e_1

Roxane Lecomte
Plus connue sur la toile sous le nom de La Dame au Chapal, co-fondatrice du studio ebook Chapal&Panoz, arrivée chez Publie.net fin 2011, est responsable de la fabrication papier et numérique, du graphisme et des sites, est passionnée de littérature populaire et d'albums jeunesse, est en perpétuelle vadrouille, et ne cesse de répéter aux guerriers du papier et du numérique : « Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse ». On la retrouve sur son site.

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